-1953-


Présentation

     La Chevrolet Corvette est lancée en 1953 et elle est la réponse des Américains face à l’invasion des voitures sportives européennes, surtout les Anglaises renommées dans ce créneau, comme la fameuse Jaguar XK120, les Triumph, les MG et la nouvelle Austin-Healey. Pour sa première année-modèle, la Corvette est livrée en sa plus simple expression, n’offrant qu’une seule version munie d’une seule couleur extérieure et intérieure, et très peu d’options possibles…            
                        
                    

 La Corvette est un authentique roadster 2 portes, 2 places à moteur avant et propulsion munie d’une carrosserie plastique renforcie à la fibre de verre. Elle contient en fait 46 pièces, faciles à réparer. Il y a 9 pièces majeures, dont la plus grosse est le plancher et ensuite le haut du devant de la carrosserie. C’est la Mopar Fiber Glass Company, à Ashtabula, en Ohio, qui fabrique et envoie les pièces à Flint au Michigan, qui sont ensuite assemblées et collées. C’est d’ailleurs là, à Flint, que la Corvette est confectionnée. Le premier exemplaire est sorti le 30 juin 1953, soit seulement 6 mois après son dévoilement public au Motorama show. D’ailleurs
les deux premiers exemplaires ont été utilisés comme « test cars » et détruits. Le produit final est cette magnifique voiture sport qui fait 167 pouces (4,24 m) de long, avec un empattement de 102 pouces (2,59 m), une largeur de 72,2 pouces (1,83 m) et un poids de 1227kg (2705 livres).




Extérieur

     Partons à la découverte de cette très jolie voiture sport en faisant un tour de l’extérieur. Toutes les Corvette sont de couleur ``Polo White`` équipée d’un toit souple en toile de couleur ``Jet Black``. Le petit convertible a une touche moderne et sportive avec sa calandre chromée en gueule de requin et ses dents menaçantes au total de 13 ainsi que des phares profilés et un pare-brise panoramique. C’est un poids léger avec une ligne simple et épurée muni d’une silhouette étincelante.


     À l’avant on dénote les cages de type rallye recouvrant les lumières, servant à protéger celles-ci des projections de roches. Ensuite la calandre et le pare-chocs chromé en 3 parties, sous les phares, qui a une continuité sur le côté de la voiture de par une bande chromée latérale se poursuivant jusqu’à l’arrière pour rejoindre là aussi le pare-chocs (plus décoratif qu’utile) en 3 parties, séparées par deux embouts d’échappement, tout aussi chromés. Toujours à l’arrière, on retrouve des lumières en forme de missile, qui consolident la thématique du design de marine et d’aviation.

     Devant les portes, au-dessus de cette ligne chromée, on y voit l’inscription Chevrolet à côté d’un design ressemblant à un petit aileron, chromé aussi. Le miroir extérieur côté chauffeur (le seul d’ailleurs), les essuie-glaces, les sorties du lave-glace ainsi que tout le tour du cockpit complète la thématique du chrome. Un pare-brise panoramique avec une inclinaison de 53 degrés apporte une touche de modernité. Pour couronner le tout, on retrouve le logo spécifique de la Corvette, qui trône au centre à l’avant, au-dessus de la calandre. Celui-ci est constitué de deux drapeaux, un à damier, l’autre contenant le logo Chevrolet et une fleur de lys, avec l’inscription Chevrolet en dessous et l’inscription Corvette au-dessus.





     Les roues rouges, surmontées de pneus Firestone Deluxe Champion et cachées par les enjoliveurs chromés avec un centre constitué d’ailettes de chaque côté du logo Chevrolet, étaient en fait le troisième type d’enjoliveur utilisé sur la Corvette. Les premiers exemplaires sortis de la chaîne de montage, précisément les vingt-cinq premiers, venaient avec ceux de forme lisse (comme ceux que Chevrolet utilisait sur la Bel-Air) qu’on a ensuite remplacée par ceux à ailettes, qui seulement pour quelques exemplaires avaient celles-ci perpendiculaires au logo Chevrolet pour en arriver finalement ensuite aux ailettes parallèles au logo. C’est en fait la seule composante qui a changé, sinon toutes les Corvettes de 1953 sont identiques, mis à part que les tout premiers exemplaires n’avaient pas de miroir extérieur du côté conducteur.




 Maintenant voyons voir comment fonctionne le toit souple. On doit d’abord détacher le toit de sur le dessus du pare-brise et du dessus du compartiment derrière les sièges où il se range. Ensuite on le repli au centre, on ouvre son coffre en appuyant sur le bouton situé sur la partie appelée chute d’eau, entre les deux sièges, et on le replie à l’intérieur de son compartiment. Manœuvre d’à peine une minute! Tout aussi facile d’enlever les fenêtres pour profiter au maximum de l’air extérieur.



     Même ouvrir les portes demande une procédure spéciale puisqu’ils n’ont pas de poignée extérieure. Alors pour accéder à l’intérieur on doit d’abord ouvrir la fenêtre en tournant la partie avant pivotante en triangle de celle-ci et en appuyant sur le petit bouton qui lui permet justement de pivoter. Ensuite il suffit d’atteindre la poignée à l’intérieur pour ouvrir la porte. Une fois la porte ouverte, pour enlever la fenêtre, on doit desserrer l’écrou présent sur le bas de celle-ci et tirer sur la poignée qui est identique à celle qui ouvre la porte, mais qui est situé plus à l’arrière. Ne reste qu’à soulever la fenêtre pour sortir les 2 pattes se trouvant dans les cavités de la porte. Pour compléter l’opération et disposer des fenêtres, on débarre la valise par le barillet sous le pare-chocs arrière et on insère les fenêtres en plastique translucide dans leurs étuis en vinyle noir.



     Fait intéressant à noter, l’antenne de radio est un câble qui entre dans le couvercle de la valise et se rend jusqu’au compartiment pour la plaque d’immatriculation. Le contour de celle-ci en acier sert d’antenne ! La plaque quant à elle est située derrière un Plexiglas et éclairée par deux petites lumières. (Un Plexiglas comme on souhaitait utiliser aussi pour recouvrir les lumières avant pour finalement y aller pour les grilles)


Intérieur

     À l’intérieur, un ensemble unique d’une seule couleur nommé ``Sportsman Red``. D’abord on a les très beaux sièges skaï rouge, composé d’une texture uniforme imitant le cuir granulé. (Cuir artificiel) Celui du conducteur est réglable d’avant en arrière. Ce sont de beaux sièges baquets qui délimitent le conducteur du passager. L’intérieur du cockpit est très original avec son tapis rouge ainsi que tout le reste d’un ``Sportsman Red`` qui contraste bien avec la roue du volant blanche et le devant du tableau de bord également blanc et qui se poursuit dans les portes. Le volant est à deux branches et possède un demi-anneau servant d’avertisseur sonore.



     Il y a aussi le petit levier de vitesse situé au plancher tout juste à côté du siège conducteur.  Sur le tableau de bord s’alignent toutes les commandes. D’abord, à gauche du volant, se trouvent le bouton des lumières et celui des essuie-glaces et lave-vitres. (S’actionne en appuyant) Ensuite, à droite du volant,  on retrouve le commutateur pour démarrer ainsi que les cadrans indicateurs s’alignant, de gauche à droite, comme suit :  niveau d’essence, température, tachymètre gradué jusqu’à 5000 rpm et contenant un compteur de révolutions moteur, le voltmètre de la batterie, la pression d’huile et en terminant, une horloge.

 


Un étage plus haut, toujours à droite du volant, on trouve les commandes de la chaufferette (options 101A à 91,40$), l’étrangleur moteur pour les démarrages à froid, le volume de la radio, la radio elle-même (option 102A à 145,15$), le sélecteur de la radio et l’allume-cigarette. Le compteur de vitesse devant le conducteur est gradué jusqu’à 140 milles à l’heure, et juste en dessous, on retrouve une lumière rouge qui a pour fonction d’avertir le conducteur que le frein à main est activé.  

   


 
Celui-ci d’ailleurs s’actionne en tirant un levier sous le tableau de bord. Devant le passager se trouve le speaker de la radio, avec le logo Chevrolet en son centre, qui reprend le style du compteur de vitesse, tout en harmonie, et qui rappelle la touche ``jet-style`` servant de thématique pour ce splendide intérieur. Au centre du volant revenait aussi le logo Chevrolet, et sur le tableau de bord était installé le petit rétroviseur chromé.

     Tout ça donc avec le blanc et le rouge qui contraste parfaitement donne un effet visuel des plus réussi, même si l’ergonomie n’est pas optimale, comme dans le cas des cadrans au centre, le compte-tour en particulier, peu pratique pour le conducteur…

     Pour la climatisation (naturelle), un levier blanc sous les cadrans du niveau d’essence et de température permet d’ouvrir la trappe sur le capot de la voiture permettant ainsi à l’air de pénétrer dans l’habitacle. Elle a trois niveaux (trois coches) pour trois intensités. La trappe sur le capot possède un ``moustiquaire `` empêchant les insectes d’entrer. Pour changer les feux de route sur ceux de croisement, on actionne avec le pied le fameux bouton situé au fond du cockpit sur le plancher.              

 


   
Toujours à l’intérieur, la fonctionnalité des portes est appréciée puisque sous leur accoudoir relevable, on retrouve un espace de rangement très pratique. Et devant l’accoudoir, un cendrier. (Même chose côté passager). Comme vu auparavant, il y a deux poignées à l’intérieur de la portière, avec celle d’en avant qui permet d’ouvrir la porte et celle d’en arrière de libérer la fenêtre. Aussi entre les deux, une poignée moulée a comme rôle d’aider à refermer la porte par l’intérieur en tirant celle-ci vers soi. À noter qu’une fois la porte ouverte, on peut apercevoir le numéro de série sur la carrosserie, entre la porte et le tableau de bord. L’habitacle est aussi pourvu de deux lumières de courtoisie.

     Pour terminer le tour d’horizon de l’intérieur, voyons comment ouvrir le capot…  La méthode peu pratique des modèles de 1953 consiste à tirer non pas une, mais deux poignées, situées sous le tableau de bord, une côté passager et l’autre côté conducteur. Le tout fut corrigé rapidement pour l’année postérieure.... Dans la valise, pouvant contenir jusqu’à 634 litres, se trouve la poignée du cric et le cric lui-même, ainsi que la roue de secours caché sous un plancher de bois recouvert d’un tapis rouge, dans une valise, elle aussi finit d’une moquette rouge.


Mécanique 


    
Voyons voir maintenant ce que la Chevrolet Corvette 1953 a à offrir d'un point de vue mécanique. Le moteur est un six cylindres en ligne de 235pc (3,8 litres) donnant 150 chevaux et 223 livres-pied de couple à 2400 tours minute. Il s’agit en fait du « Blue-Flame », moteur qui est issu de l’ancien ``Stovebolt Six`` 7,5 de Chevrolet de 105 chevaux et préparé spécialement pour la Corvette avec quelques modifications. Son simple arbre à cames en tête lui donne un taux de compression de 8 à 1. Ensuite 3 carburateurs 1 baril, 2 soupapes par cylindre, une induction spéciale des ressorts de valves et un collecteur d’admission en aluminium complète le tout. Le moteur ne passe pas inaperçu avec sa belle couleur bleue et l’inscription ``Spécial`` sur le côté gauche du couvert de valve et l’inscription ``Blue-Flame`` du côté droit. À droite de ce couvert se trouvait le contenant d’antigel chromé et à droite du compartiment moteur d’un genre de pot Mason qui fait office de réservoir pour le liquide de lave-vitres. Derrière lui est placée la batterie 6 volts.
    

     Pour le reste on a droit à une transmission automatique « powerglide » deux vitesses, des freins à tambour de onze pouces, un double échappement, un ratio de différentiel de 3,55 à 1 et des roues de 15 x 5. Toute cette belle mécanique et le réservoir d’essence de 18 litres sont rattachés au châssis en acier, composé de longerons qui se relient au centre en « X ». Du côté de la suspension, les amortisseurs arrière à lame, les absorbeurs de chocs tubulaires en avant et en arrière et une barre stabilisatrice avant, résultent en une petite voiture sport très agile avec un confort bien apprécié ! Beaucoup de plaisir assuré pour la conduite !


     La performance est très respectable, même si certains diront que son 6 cylindres et sa transmission automatique peuvent faire douter de son titre de pure sportive… Ce sont de mauvaises langues! Le petit roadster sport de Chevrolet mérite son statut même si ses performances brutes ne sont pas à couper le souffle…  On parle d’un 0 à 60 milles à l’heure en onze secondes et le quart de mille en dix-huit secondes à soixante-dix-sept milles à l’heure. La vitesse de pointe quant à elle est d’environ 168 km/h.


Conclusion

     Donc comme on peut constater, la Corvette de 1953 n’offre pas de choix quelconque à l’acheteur qui doit se contenter de l’unique couleur extérieur et intérieur. Et même si l’acheteur aurait pu théoriquement opter pour deux options, soit celle du chauffage et de la radio, toutes les Corvette en seront finalement équipées… Le coût total à l’époque était donc de 3490$, ce qui n’était vraiment pas donné dans ces belles années. Les ventes sont difficiles en cette première année-modèle, avec environ seulement 53 exemplaires vendus en septembre, et seulement 180 à la fin de l’année. Ce qu’il faut savoir cependant, c’est que cette première Corvette, produite à seulement 300 exemplaires, est réservée à des « VIP ». Elles ne sont pas vendues au public et la General Motors ne fait que la prêter pendant quelques jours aux concessionnaires pour en faire la publicité. Dans les années suivantes, la gamme s’élargira rapidement avec beaucoup plus de choix de couleurs et de motorisations. La future légende et grande sportive de Chevrolet aura besoin de quelques années pour atteindre sa notoriété et devenir une sommité dans son créneau. La Corvette 1953 représente de nos jours un objet de collection très convoité.   Il en resterait autour de 200 exemplaires, avec une valeur moyenne d’environ 230 000 dollars US, dépendamment, bien sûr, de la condition.

          



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