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Ma Cadillac Brougham 1987

     Tous ceux qui ont possédé une ou plusieurs voitures, ont une histoire a raconté à propos de celles-ci. Parfois de belles histoires, parfois des histoires d'horreur… Peu importe, il est toujours intéressant de découvrir ces histoires. Cette rubrique d’essaies routiers est consacrée à la découverte de celles-ci, réservées aux voitures anciennes. Dès cet été je rencontrerai des propriétaires et passionnés de voitures anciennes pour faire des reportages sur leurs autos et leurs histoires. Je vous invite d’ailleurs à communiquer avec moi si vous voulez que je partage la vôtre ! D’ici à ce que j’aie une belle banque de reportages, je consacre cette première chronique de la rubrique Histoire de Chars à une de mes histoires! Ayant possédé plusieurs voitures dans ma vie, le choix n’a pas été facile… Voici donc mon histoire, celle de ma Cadillac Brougham 1987.


          J’ai possédé un Chevrolet Caprice 1987 au début des années 2000 qui me servaient pour aller travailler en forêt. Même s’il était en état « bazou », je trouvais sa conduite très intéressante avec son confort impressionnant et sa suspension molle. Je me demandais à quel point une Cadillac pouvait surpasser davantage la Caprice sur ces points forts… La curiosité m’a poussé à regarder les grosses Caddy d’occasion à vendre, surtout les dernières à propulsion et moteur V8. Les fameuses immenses Cadillac qui représentaient la marque depuis des décennies et qui étaient sur le point d’être reléguées aux oubliettes ! 

     À cette époque, celles-ci valaient une bouchée de pain, mais étaient quand même de plus en plus rares. Vous savez, la belle période où une voiture devient trop âgée pour intéresser les acheteurs de voitures d’occasion, et trop récente pour attirer l’attention des collectionneurs. C’est à ce moment que nous pouvons dénicher des aubaines et des futures belles anciennes! Les Cadillac Brougham de 1987 à 1992 en étaient à ce stade. Ce n’est pas ce que je cherchais réellement en fait, mais plutôt une voiture en assez bon état pour assouvir ma curiosité et constater ce qu’étaient ces légendes de la route d’il y a 30 ans. J’avais manqué ma

chance chez un concessionnaire GM qui en vendait une pour un rien malgré son excellent état. Malheureusement, j’ai trop hésité, si bien qu’elle fut vendue, me retrouvant devant le fait que c’était peut-être la dernière abordable disponible sur le marché. Au cours des années qui suivirent, ce constat me fut confirmé. Les Brougham représentaient maintenant une rareté et les prochaines qui réapparaitraient allaient viser les collectionneurs…  

  En 2018, une Cadillac Brougham 1987 apparut sur « Marketplace ». Les photos ne la mettaient pas du tout en valeur, la présentant toute sale, avec un pneu crevé dans le fond d’un garage. Son apparence de décrépitude expliquait probablement son bas prix de 2500 dollars. N’ayant pas vu de Cadillac de ce genre à vendre depuis longtemps (je n’y pensais même plus…), j’ai contacté son propriétaire pour m’informer de son état réel. Notre conversation me laissa perplexe. D’abord il m’indiquait certains dommages ici et là, un besoin d’installer un nouveau système d’échappement ainsi qu’une nouvelle roue puisque son pneu crevé résultait en une roue avant tordue. À ce

moment, j’avais décidé de laisser tomber. Un mois plus tard, je discutais voiture avec mon frère et on en est venu sur le sujet des grosses Cadillac d’antan. En lui mentionnant mon appel avec le propriétaire de l’une d’elles, je retournai voir sur Facebook, et surprise, elle était encore à vendre! On a conclu qu’après tout ce temps, elle était sûrement négociable et que ça valait le coup. J’ai alors rappelé le vendeur et nous nous sommes entendus sur un prix; 1500 dollars. Avant de conclure l’affaire, je devais quand même aller faire une petite inspection pour m’assurer qu’elle était quand même potable. Sans aucune attente, après une heure de route accompagné de mon frère, on arriva devant ce dinosaure. On s’attendait à découvrir une épave…

     Quelle surprise de découvrir finalement une voiture presque intacte ayant survécu aux affres du temps sans aucune modification et restauration! C’est ce que l’on qualifie de « survivor ».  J’avais enfin ma Brougham ! Je la ramenai à mon garage sur une remorque, et puisque nous étions en novembre, je la remisai immédiatement. Je ne pouvais pas m’en servir avec la roue brisée de toute façon. Durant l’hiver, j'avais trouvé une roue d’origine d’occasion chez un recycleur, et j’en profitai pour acheter 4 pneus neufs. (Malheureusement sans en trouver avec des flancs blancs comme d’origine). La saison morte m’a aussi permis de réparer plusieurs petites choses sur la voiture sans même avoir à débourser un sous. Le système d’échappement était finalement en très bon état, tout comme la voiture entière. Avec seulement 111 000 km à son compteur, confirmé par le rapport Carfax intacte, la voiture impressionnait par son état de conservation presque parfait. Aucune rouille sous les planchers, sur le châssis et sur la carrosserie ! J'ai procédé à un nettoyage complet, intérieur et extérieur, quelques traitements pour les tapis, la peinture et le toit en vinyle, J'ai aussi améliorer sa condition avec des petits détails, en recollant des emblèmes, refixant des plastiques, la voute de toit, le volant etc. Ce n'était plus la même voiture qui était à vendre dans le fond d'un garage, sale avec l'allure d'un bazou. La conclusion était la suivante, j’avais déniché une petite perle! . Une évaluation professionnelle lui attribuant une valeur de 11 000 dollars confirma mes constatations!

     L’attente de six mois pour enfin l’essayer sur la route fut interminable ! Mais ce fameux jour arriva enfin en mai 2019. J’ai alors pu réaliser en quoi consistait la conduite de ces berlines de luxe d’une autre époque. Malgré ses 32 ans bien sonnés, la Brougham avait un silence de roulement impressionnant. Sa conduite donnait l’impression de naviguer sur la mer assied dans son sofa de salon. C’était évidemment le gros confort typiquement américain de ces grosses bagnoles. La seule chose qui peut aujourd’hui ressembler un tant soit peu à cela est une camionnette pleine grandeur. Outre ce silence de roulement et ce confort majestueux, la Cadillac Brougham se distinguait par son équipement bien complet. À son époque bien-sûr… Entre autres l’antenne de radio qui se déployait et se rétractait à l’ouverture et la fermeture de celle-ci. On pouvait aussi avoir le système de climatisation automatique, les phares sentinelles et évidemment les sièges, miroirs et vitres électriques ! Une valise à fermeture semi-automatique concluait les accessoires électriques. La version que je possédais était munie des sièges rembourrés en tissus qui détonnaient par leur assise princière! J’avais donc la version de base munie de quelques options. Il existait au catalogue de Cadillac cette année-là deux versions de Brougham. La version « d’Élégance », pour sa part,  rehaussait davantage l’équipement et le luxe de sa petite sœur. Bien sûr, cette « haut de gamme » pouvait aussi être choisie avec plusieurs options disponibles.


     L’état exceptionnel de la voiture a résulté au fait que pour moi, celle-ci serait assurément une voiture d’été de collection, avec quelques petits déplacements ici et là pour le plaisir et peut-être aussi quelques expositions. À la suite de sa conduite, j’ai pu réaliser la supériorité de la Brougham face à sa « petite » cousine, la Chevrolet Caprice, que j’avais possédée plusieurs années auparavant. Le grade supérieur de luxe de la marque Cadillac avait bel et bien sa raison d’être motivant son prix plus élevé. Le gros point faible de la Brougham ? Son pauvre petit V8 de 307 pouces cubes et 140 chevaux qui peinaient péniblement à déplacer les 4 045 livres de ce mastodonte. Quand il est question de gravir une côte, préparez-vous à appuyer sur l’accélérateur pour espérer ne pas perdre de vitesse… J’avais pitié de ce moteur, unique offre de motorisation pour la Brougham en 1987. Sa consommation ne se voyait alors pas mieux que des plus gros V8 disponible pour d’autres modèles, et qui aurait été beaucoup plus pertinent dans ces voitures pourtant destinées à une clientèle fortunée. Le 307 pouces cube n’était tout simplement pas digne d’une Cadillac de cette taille et de ce prestige. Même avec son couple de 255 livres-pied de couple, la performance brillait par son absence. Le plus surprenant est de constater qu’à l’époque, l’acheteur pouvait s’offrir en option le groupe remorquage qui « permettait » de tirer jusqu’à 5000 lb !! Imaginez alors la souffrance de la pauvre mécanique ! 

 

    





La transmission avec overdrive faisait quand même de son mieux, mais sachez qu’il n’est aucunement question de se faire plaisir sportivement comme on peut maintenant le faire aujourd’hui avec les produits Cadillac. En 1987, le luxe venait seul, le côté sportif vint le rejoindre beaucoup plus tard pour cette division de GM. La Brougham descendait de la lignée Fleetwood apparue dans les années 30 qui désignait les carrosseries spécifiques découlant du nom. Ensuite la Fleetwood monta au statut de série à part entière en 1977 en prenant la plaque signalétique de Fleetwood Brougham. En 1987, celle-ci devint simplement Brougham, tandis que la Fleetwood « tout court », représentait déjà une traction de taille intermédiaire depuis 1985 chez Cadillac. De son côté, la Brougham a vécu son bout de chemin jusqu’en 1992, année qui sonna le glas pour elle, remplacé alors par le retour de la Fleetwood à propulsion, qui elle, laissa la place à l’architecture à traction par la série Deville. Quatre ans plus tard, en 1996, la lignée des grosses berlines à moteur V8 et propulsion de Cadillac s’éteignirent…

     J’ai finalement revendu la voiture en 2022 devant le fait que je l’utilisais très peu et que je voulais éviter d’avoir un jour ou l’autre des ennuis mécaniques. Avoir possédé cette Cadillac Brougham 1987 m’a permis de vivre l’expérience des belles années des berlines pleine grandeur de luxe américaines. Je suis bien heureux de l'avoir vécu…   


Commentaires

  1. Belle histoire d'un passionné qui a su attendre. Cette voiture me fait un peu penser au Mercury Grand Marquis 1987 bleu de mon Grand Père. Pour un p'tit garçon c'était tout un honneur d'embarquer dans ces véhicules de luxe. Merci de partager ta passion.

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